Scottez-de Wambrechies, Annie
Boilly 1761-1845 Un grand peintre français de la Révolution à la Restauration

L'Entrée du Jardin turc, célèbre pour ses décors orientalistes, était le lieu de distraction à la mode du boulevard du Temple. Ce n'est pourtant pas cet exotisme pittoresque qui retient l'attention du peintre, mais l'extérieur : la rue devient une scène à part entière dont l'harmonie sociale semble un peu irréelle. Attirés par un spectacle de marionnettes, les badauds de la bonne société sont à la fois des spectateurs et les simples figurants d'un spectacle plus vaste : la rue. L'uniformité est telle que tout le monde ressemble à son voisin. Cette similitude aide l'observateur à projeter dans ces coquilles vides sa propre expérience biographique. Le peintre va pourtant pousser plus avant ce processus d'identification, comme le démontre dans ce catalogue l'analyse de Susan L. Siegfried, la spécialiste américaine de Boilly. Grâce à un jeu très sophistiqué de regards disséminés dans la foule, Boilly force le spectateur à entrer dans l'espace élargi de l'oeuvre. Le visiteur du Salon est donc lui aussi partie prenante de cet espace social commun, voué à la ressemblance, au divertissement et au consumérisme. Depuis la Révolution, Boilly a repensé la libre-circulation de ses oeuvres sur le modèle économique d'un entrepreneur acquis aux vertus du laisser-faire. L'Entrée du Jardin turc montre à quel point, selon Boilly, le spectateur n'est jamais qu'un client éventuel.