Publié un an après "l'Exposition d'Art belge ancien et moderne" qui eut lieu au musée du Jeu de Paume, à Paris, en 1923, ce superbe ouvrage a été édité à titre posthume. "Ce travail touchait à sa fin lorsque la mort est venue brusquement l'interrompre. M. Ernest Verlant est décédé le 20 février 1924, en pleine puissance de travail et alors que ses amis attendaient de sa pénétration, de son goût averti et de son esprit de synthèse plusieurs travaux encore, dont une importante monographie consacrée à Rogier de le Pasture, dit Roger van der Weyden, commencée depuis plusieurs années et dont les éléments, lorsqu'ils seront réunis, formeront un monument d'érudition et de critique historique."
Si l'étude préliminaire et les descriptions des vingt-huit premières reproductions sont de la main d'E. Verlant, inspecteur général des Beaux-Arts de Belgique, les notices relatives aux oeuvres restantes sont l'oeuvre de Georges Hulin de Loo, André Blum et Paul Buschmann.
Présentée deux ans après l'exposition consacrée à "l'art hollandais" en 1921, cette nouvelle exposition d'art étranger organisée au musée du Jeu de Paume entendait offrir à la Belgique un "haut témoignage de sympathie et de gratitude au peuple belge, en exaltant, au coeur de Paris, le génie de son incomparable école." (Léonce Bénédite) Dans le cadre de la politique culturelle de l'Etat français durant l'entre-deux-guerres, les expositions d'art étranger du Jeu de Paume relevaient autant de la politique diplomatique que de l'histoire de l'art proprement dite. Elles recevaient toujours l'aval du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts et du ministère des Affaires étrangères (Mathilde Arnoux, L'absence d'expositions de peinture allemande dans les musées parisiens de l'entre-deux-guerres, Paris 1). Célébrer l'art belge à Paris était une manière de mettre en scène l'amitié diplomatique qui unissait les deux pays après la Première Guerre, dans la mesure où l'art est systématiquement présenté comme un reflet de l'histoire et de la politique nationales ("l'art suit littéralement le mouvement des moeurs, des aspirations populaires et de la vie sociale et politique [...]." Ce souci d'exalter "la parenté morale et intellectuelle des deux peuples" détermine en partie les conclusions du catalogue en matière d'histoire de l'art : le passé artistique est ainsi revu et corrigé à l'aune des impératifs diplomatiques contemporains. L'art français et l'art flamand -le terme sous-entend l'art "belge" d'avant la Belgique- sont présentés comme des "parents", sinon comme les deux membres indéfectibles d'une "même famille", selon l'expression de Bénédite. Ce front commun franco-flamand et franco-belge visait naturellement à éloigner la Flandre de toute accointance germanique. Bénédite s'en prend ainsi directement aux thèses de Taine, qui rangeaient les Flamands et les Hollandais parmi "les races germaniques". "Or, n'en déplaise à Taine, étaient-ils germains, tous ces Maîtres, désormais familiers, grâce aux travaux de nos savants belges et français, et qu'on se passe, comme nous faisons encore dans notre présente exposition, d'un pays à l'autre, de la France à la Belgique ou de la Belgique à la France? [...] On le voit, par ces rapports, ces rapprochements et ces liens, l'art de Flandre ou de Belgique, comme on voudra, de tout temps, est parent de l'art de France." Unité que confirme, côté belge, l'analyse d'Ernest Verlant, responsable de la section ancienne : " Et plus tard, quand les artistes flamands essaimèrent dans toutes les directions, on remarquera qu'aucun apport extérieur ne leur vint jamais ni du Nord ni de l'Est. Ils influencèrent grandement les écoles allemandes proches et ne furent nullement influencés par elles. La théorie romantique d'un art flamand de quintessence germanique ne s'appuie sur aucune réalité."